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L'industrie de la viande porcine dans le rouge
La Cooperl Arc Atlantique, à Lamballe, s'alarme du dumping social allemand, qui met, selon elle, les abattoirs dans une situation dramatique. Le n°1 français s'inquiète aussi pour les emplois.v
Par comparaison, le groupe Tönnies Fleisch, le numéro un germanique de l'abattage, traite 16 millions de porcs par an, contre 5 millions pour Cooperl Arc Atlantique, le premier français.
Philippe Chérel.
Entretien
On dit que les abattoirs français ont perdu 100 millions d'euros en 2011. La situation est grave pour vous, numéro 1 en France ?
Nous sommes touchés de plein fouet. La situation est dramatique pour l'industrie de la viande porcine française à cause du dumping social allemand. Depuis 4 ans, la crise de rentabilité au niveau des éleveurs est cruciale, mais la crise est aussi violente du côté des outils industriels. Concrètement, ça se traduit par une guerre effrénée entre les outils en Bretagne et c'est le plus faible qui tombera. Nous, on sera à l'équilibre, on communiquera les chiffres en juin, mais nous sommes l'exception. Les 2/3 des opérateurs en abattage et transformation seront dans le rouge.
Y a-t-il des menaces pour l'emploi à la Cooperl ?
Oui, nous sommes inquiets. Mais nous avons quelques années devant nous à la Cooperl. Il y a des restructurations envisagées chez nous, mais ça se fait de manière extrêmement lente. On essaie de progresser tous les jours face à la concurrence allemande, mais si on ne progresse pas, on va être menacé. En dix ans, on a vu progresser la production porcine allemande de 36 millions à 60 millions de porcs, alors que chez nous elle reste stable entre 25 et 30 millions... Donc pour l'heure, il n'y a pas de plan social à la Cooperl, on a du sursis mais il faut régler les fondamentaux.
Qu'est ce qui fait la force de l'Allemagne ?
Il y a une grave distorsion de la concurrence : les Allemands font travailler des étrangers payés au prix de leur pays d'origine, 7 € de l'heure quand nous avons un coût de revient de l'heure de 20 €. Cette distorsion, à elle seule, créé un mieux de 5 € par porc en Allemagne. Si on ramène sur notre capacité d'abattage, 5 millions de porcs, sur nos trois abattoirs (Lamballe, Montfort-sur-Meu et Saint-Maixent), ça nous fait une distorsion de 25 millions € ! Imaginez un peu...
Quelles sont les autres distorsions à la concurrence ?
Les Allemands ont un système de TVA forfaitaire qui leur procurent, en plus, 3 € par porc. Cette disposition fiscale est une survivance chez eux des années 1980 et il y a eu une prolongation de ce privilège avec la réunification. Il faut ajouter les aides qu'ils ont aussi sur le recours aux énergies d'avenir. Chaque pays institue des subventions pour la stimuler : la méthanisation a fleuri chez eux, avec un taux de rachat de 26 centimes d'euro, contre 14 chez nous. Toutes les conditions sont faussées.
Avez-vous des moyens d'actions aujourd'hui ?
On a porté plainte avec un collectif contre le dumping social. Après, c'est le système de la justice européenne qui va à son rythme. On a expliqué plusieurs fois le sujet au gouvernement, mais on n'a jamais eu d'écoute. À l'heure actuelle, nous sommes incapables de réagir et on va entrer dans une phase de récession, selon les cours que l'on va obtenir en cette année de décision au niveau des éleveurs. Ces quatre années de crise nous ont laissés une situation de trésorerie extrêmement délicate et seuls les abattoirs les plus performants vont pouvoir envisager une mise aux normes « bien-être ».
On dit que les abattoirs français ont perdu 100 millions d'euros en 2011. La situation est grave pour vous, numéro 1 en France ?
Nous sommes touchés de plein fouet. La situation est dramatique pour l'industrie de la viande porcine française à cause du dumping social allemand. Depuis 4 ans, la crise de rentabilité au niveau des éleveurs est cruciale, mais la crise est aussi violente du côté des outils industriels. Concrètement, ça se traduit par une guerre effrénée entre les outils en Bretagne et c'est le plus faible qui tombera. Nous, on sera à l'équilibre, on communiquera les chiffres en juin, mais nous sommes l'exception. Les 2/3 des opérateurs en abattage et transformation seront dans le rouge.
Y a-t-il des menaces pour l'emploi à la Cooperl ?
Oui, nous sommes inquiets. Mais nous avons quelques années devant nous à la Cooperl. Il y a des restructurations envisagées chez nous, mais ça se fait de manière extrêmement lente. On essaie de progresser tous les jours face à la concurrence allemande, mais si on ne progresse pas, on va être menacé. En dix ans, on a vu progresser la production porcine allemande de 36 millions à 60 millions de porcs, alors que chez nous elle reste stable entre 25 et 30 millions... Donc pour l'heure, il n'y a pas de plan social à la Cooperl, on a du sursis mais il faut régler les fondamentaux.
Qu'est ce qui fait la force de l'Allemagne ?
Il y a une grave distorsion de la concurrence : les Allemands font travailler des étrangers payés au prix de leur pays d'origine, 7 € de l'heure quand nous avons un coût de revient de l'heure de 20 €. Cette distorsion, à elle seule, créé un mieux de 5 € par porc en Allemagne. Si on ramène sur notre capacité d'abattage, 5 millions de porcs, sur nos trois abattoirs (Lamballe, Montfort-sur-Meu et Saint-Maixent), ça nous fait une distorsion de 25 millions € ! Imaginez un peu...
Quelles sont les autres distorsions à la concurrence ?
Les Allemands ont un système de TVA forfaitaire qui leur procurent, en plus, 3 € par porc. Cette disposition fiscale est une survivance chez eux des années 1980 et il y a eu une prolongation de ce privilège avec la réunification. Il faut ajouter les aides qu'ils ont aussi sur le recours aux énergies d'avenir. Chaque pays institue des subventions pour la stimuler : la méthanisation a fleuri chez eux, avec un taux de rachat de 26 centimes d'euro, contre 14 chez nous. Toutes les conditions sont faussées.
Avez-vous des moyens d'actions aujourd'hui ?
On a porté plainte avec un collectif contre le dumping social. Après, c'est le système de la justice européenne qui va à son rythme. On a expliqué plusieurs fois le sujet au gouvernement, mais on n'a jamais eu d'écoute. À l'heure actuelle, nous sommes incapables de réagir et on va entrer dans une phase de récession, selon les cours que l'on va obtenir en cette année de décision au niveau des éleveurs. Ces quatre années de crise nous ont laissés une situation de trésorerie extrêmement délicate et seuls les abattoirs les plus performants vont pouvoir envisager une mise aux normes « bien-être ».
Recueilli par Julia FOUQUET.
lundi 16 janvier 2012
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