Certes, on est loin du Grand Soir. Mais il n'y a pas de jour sans grèves pour décrocher de meilleures rémunérations. Et mieux passer les fins de mois.
Environ 15 % des 1 500 salariés de Mondial Assistance en étaient, hier, à leur quatrième jour de grève pour de meilleurs salaires. Les mobilisations pour la paye se multiplient dans le privé. Certaines durent, les résultats sont inégaux. Les grévistes des brioches Pasquier, près de Cholet, ont tenu huit jours avant d'empocher 3,2 % de plus. Ceux des bus d'Alençon dont dû se contenter de 2,4 %, etc.
Aucun secteur n'est épargné. La grande distribution s'est exceptionnellement mobilisée, le 1er février. Elle en retire, aujourd'hui, quelques bénéfices (plus 3,2 % chez Carrefour). Même L'Oréal a été touché. La grogne persiste dans l'informatique, dans la banque (Crédit du Nord, hier).
La baisse de pouvoir d'achat ressentie par les Français alimente les mécontentements. Sans que les syndicats ne les agglomèrent. Même si l'inquiétude et les récriminations sont diffuses et qu'elles nourrissent les conversations au bureau, au bistro, en famille.
La baisse du chômage, dont l'ampleur est contestée, n'a pas totalement éclairci l'horizon des Français. Au contraire, elle a dégagé la route des revendications salariales. Aujourd'hui, les sondages se suivent et se ressemblent : les salaires arrivent en tête des préoccupations, largement en tête devant l'emploi et le temps de travail.
Coût du logement, explosion des prix à la pompe, envolée des prix des produits de grande consommation... Les nuages s'accumulent. Nombre de salariés, pas seulement ceux qui naviguent autour du Smic, n'arrivent plus à joindre les deux bouts.
Maigrelette, pharaonique...
Alors, comment encaisser les cent milliards d'euros de bénéfices 2007 des entreprises du Cac 40 quand on rame pour une prime maigrelette ? Comment digérer les rémunérations (et primes de départ après un échec) pharaoniques de certains patrons quand la fin de mois se joue à quelques dizaines d'euros ?
Tout cela sans que le politique n'apporte de réelles réponses. Nicolas Sarkozy a martelé sa volonté d'être le président du pouvoir d'achat durant sa campagne électorale mais les caisses sont désespérément vides. Et la rigueur pointe le bout de son nez, déguisée en plan de « modernisation des politiques publiques », dévoilé ce vendredi.
Cela ne consolera pas les Français mais ils ne sont pas les seuls à souffrir du porte-monnaie et à pâtir d'un ralentissement économique venu des États-Unis. À la fin mars, la hausse des prix a grimpé jusqu'à 3,5 % sur douze mois dans la zone euro. De quoi inciter la Confédération européenne des syndicats à tenter de fédérer l'exaspération. Le rendez-vous est fixé, à Ljubljana, en Slovénie, samedi.
Hervé BABONNEAU, Ouest-France
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