Comment favoriser l'insertion de celles qui, diplômées, ont suivi leur conjoint au pays de Lorient ? Isabelle Guéguen, codirigeante de la société Perfégal (1) a provoqué hier le débat.
Tout un symbole. Le bâtiment des Défis, à la base des sous-marins, a accueilli la matinée destinée à mettre sur les rails un projet global d'insertion des femmes cadres dans le secteur. Un sacré challenge, en effet, qu'a mis en avant Isabelle Guéguen. En soulignant que les couples de cadres ont coutume d'être « biactifs » pour 80 % d'entre eux. Certaines conjointes tentent de créer ou à reprendre une entreprise, d'autres veulent retourner au plus vite vers une grande ville et les couples qualifiés repartent...
Ce sont toujours les femmes cadres qui suivent leur conjoint ?
Dans la majorité des cas observés, oui. Tant que le salaire des hommes sera plus élevé, ce sera le cas. Ici, on continue à considérer que le plus important, c'est que l'homme travaille. Nous nous trouvons dans un bassin ouvrier, où l'on considère qu'une femme cadre n'a pas besoin de travailler. A une épouse de notaire en recherche d'emploi, on a répondu qu'elle n'avait pas besoin de bosser. Mais de quoi je me mêle ?
Le pays de Lorient est-il attractif pour les couples cadres ?
Ici, ce qui est attractif, c'est le cadre de vie. J'ai vu beaucoup de gens qui arrivaient ici la fleur au fusil. Des emplois de cadres existent dans le domaine industriel ou commercial. Beaucoup de femmes cadres qui arrivent viennent de la communication, du marketing, de l'administration, des ressources humaines. La plupart de celles que j'ai rencontrées avaient travaillé dans de grandes entreprises. Elles se retrouvent en concurrence, beaucoup plus nombreuses sur le même terrain. Si elles restent isolées, elles se retrouvent en souffrance au bout d'un an.
Alors, il faut diminuer ses prétentions ?
On peut discuter du salaire, mais ce qui n'est pas normal, c'est d'avoir un titre de secrétaire quand on a une fonction de direction. Il faut alerter les chefs d'entreprise, leur expliquer que ces personnes ne veulent pas forcément des gros salaires mais que l'on reconnaisse leurs compétences. Philippe Rouault, le vice-président et futur président de l'Udem (2), nous l'a dit lors du débat : il conseille aux chefs d'entreprise de ne pas avoir peur d'embaucher des femmes plus compétentes qu'eux, au moins dans certains domaines.
Comment les femmes cadres peuvent-elles réagir ?
Il faut sortir des stéréotypes. Le bâtiment, ce n'est pas forcément travailler dans les chantiers. Envisager à plusieurs la reprise d'entreprise. Ne pas négliger les contacts extraprofessionnels, et pourquoi pas dès la cour d'école. La personne avec laquelle vous discutez peut être le conjoint d'un chef d'entreprise.
Il faut sauter la case ANPE ?
Il faut s'inscrire, mais ce qui lui est reproché, c'est de ne pas savoir accueillir un public cadre. L'ANPE remplit bien sa mission mais elle ne peut pas tout faire. Il est dommage qu'elle considère l'association Cap'Cadres comme une concurrente.
Recueilli par François NIKLY, Ouest-France
(1) Perfégal est une coopérative conseil en égalité professionnelle et en innovation, basé au Faou dans le Finistère. La rencontre a été organisée dans le cadre du projet « Femmes cadres et développement territorial » initié par cette société et financé par l'Union européenne. L'action touche les bassins d'emploi de Lorient et Brest.
(2) Union départementale des entreprises du Morbihan, l'échelon départemental du Medef.
Ouest-France
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