Dif : retour sur les bancs de l'école
À 40 ans, il garde la forme... en se formant
Philippe Rabine est retourné sur les bancs de l'école pour apprendre un nouveau métier. Des formations payées par son entreprise grâce au Dif et au Cif. Explications.
« Et oui, 40 ans déjà ! » Quarante ans. Mais même à mi-chemin de sa vie, ou quasiment, Philippe Rabine, de Plessé, n'a pas hésité à retourner sur les bancs de l'école pour tenter une reconversion. « Ou, en tout cas, me ménager une porte de sortie. »
Tout sourire, il s'explique : « Je travaille depuis l'âge de 22 ans dans une grosse entreprise de sous-traitance automobile redonnaise. Il y a quelques années, j'ai commencé à me poser des questions. C'est un secteur fragile. Alors, sans diplôme, en cas de coup dur, qu'est-ce que je fais ? »
Pour lui, la solution, c'était le Dif (droit individuel à la formation). « Un jour, l'entreprise nous a annoncé que nous avions droit à 20 heures de formation par an (cumulables sur six ans, ndlr), des heures payées. » Philippe l'ignorait. Pourtant, cette disposition est non seulement un droit, mais aussi et surtout une obligation des entreprises envers leurs salariés. Après quelques renseignements supplémentaires glanés auprès des représentants du personnel, Philippe a passé le pas.
« Je me suis orienté vers une remise à niveau au Greta. » En trois mois, il a suivi une trentaine d'heures de cours de français et de maths sur son temps de travail : « A chacun de s'arranger avec son employeur », prévient-il.
« Il faut en vouloir »
Une fois son Dif bouclé, Philippe a ensuite décidé de continuer sur sa lancée « avec un Cif, un congé de formation professionnelle, qui donne le droit de s'absenter de son poste de travail pour suivre une formation de son choix. »
Lui a choisi de passer un CAP de carreleur mosaïste « en huit mois, d'octobre à juin. C'est court pour apprendre un nouveau métier. Il faut en vouloir. » De fait, le Cif est aussi moins facile à décrocher que le Dif. « C'est une autre démarche. Il faut en faire la demande auprès de l'employeur quatre mois avant, rédiger un dossier, passer des entretiens de motivation... »
Il touche 95 % de son salaire
Pas grave. Sa détermination est aussi solide que de l'acier. « J'ai choisi le bâtiment, parce que c'est porteur d'emploi. » Au fur et à mesure que sa formation avance, il est d'ailleurs de plus en plus convaincu d'avoir fait le bon choix : « Il y a une partie théorique et une autre pratique, avec des stages, pendant laquelle on rencontre des employeurs. Tous me disent qu'ils ont du mal à trouver de la main-d'oeuvre qualifiée et motivée. » De plus, la perspective de passer de l'industrie « où on est toujours enfermé », à un « métier de finition, dans lequel on est autonome » n'est pas pour lui déplaire.
Cette possible reconversion n'empêche pas non plus que Philippe soit toujours salarié de son entreprise, et ce, même s'il n'y met pas les pieds le temps de sa formation. « Je perçois 95 % de mon salaire, conserve mes congés payés. Mais je perds d'autres avantages, comme les RTT. » Il a aussi dû mettre la main à la poche : « Mais c'est infime. Sur une formation qui coûte 10 000 €, j'en ai payé 300. »
Après ?
« Rien n'est encore complètement décidé. Mon employeur doit me garder ma place, ou, en tout cas, me trouver un poste du même niveau à mon retour. Reste qu'il ne faut pas se leurrer : quand on fait ce genre d'opération, on a toujours une idée derrière la tête et l'entreprise le sait. » Pas un problème selon lui : « On pense toujours qu'un employeur va mal le prendre si on lui dit qu'on songe à une reconversion. Or, finalement, c'est le contraire. Moi, il m'a aidé dans mes démarches, donné des conseils... »
Du coup, Philippe ne peut que pousser les gens à suivre son exemple : « Au début, mon entourage a eu un peu peur, se demandant dans quoi je m'engageais. Mais depuis, des gens de ma famille et de mon entreprise m'ont posé beaucoup de questions sur le Dif et le Cif. Et, apparemment, certains songent aussi à changer de métier. » Quand il conte son expérience, Philippe a des yeux pétillants, qui donnent la bougeotte : « C'est un tournant. J'ai vu un autre monde, d'autres gens... » Quarante ans. Et une nouvelle vie qui commence.
Source : Ouest-France