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Apprentissage : des formations différentes entre France et Allemagne

Ces apprentis allemands qui font rêver la France



Leur modèle de formation a fait le succès de l'industrie d'outre-Rhin. Mais il a aussi ses limites.Les «plus « et les «moins», comparés aux pratiques hexagonales.


Les « plus »

MASSIF. Deux millions d'apprentis en Allemagne. 460 000 dans l'Hexagone. Chez nous, l'école prime. Elle conduit les deux-tiers d'une génération à décrocher au moins un bac. Outre-Rhin, les deux-tiers des diplômés de fin d'études sont des « azubis », des apprentis.

VALORISANT. Tradition médiévale oblige, « l'élève » artisan allemand met trois ans à devenir « compagnon », puis trois ans pour passer « maître ». Mais l'alternance règne aussi dans l'industrie, le tertiaire. Après le bac, il est fort bien vu d'entrer dans la finance par cette petite porte. Même chose dans l'automobile : « Mon fils n'était pas tenté par l'université, raconte Bent Paulson, à l'Institut fédéral pour la formation professionnelle. Il est entré chez Audi, en alternance. Puis ils l'ont envoyé au développement, au Mexique. » L'ancien patron de Daimler-Chrysler avait commencé comme apprenti. Est-ce pensable en France ?

IMPLIQUÉ. L'apprenti gaulois est sous « contrat de travail ». L'azubi germain, en « formation ». Il est un peu moins bien payé, mais davantage bichonné par son patron. Les grosses entreprises embauchent même des formateurs pour guider leurs classes d'apprentis. « Je leur fais fabriquer une boîte de métal complexe, chacun a une pièce à réaliser, raconte Ludwig Walter, prof de métallerie dans une entreprise berlinoise. On voit ensuite si ça s'assemble. Cela leur apprend la précision et le travail d'équipe. ».

L'apprentissage coûte 30 milliards d'euros par an aux sociétés. Question d'intérêt et d'image : « Dans les interviews, les porte- parole d'entreprises mettent toujours en avant leur nombre d'apprentis. Pour elles, c'est un peu comme les étoiles du Guide Michelin », sourit Monica von Wysocki, journaliste économique à Düsseldorf.

PRAGMATIQUE. L'azubi passe près de quatre jours sur cinq dans l'entreprise. L'alternance version française, c'est plutôt une semaine sur deux. Outre-Rhin, les PME-PMI forment les jeunes à leur main mais le niveau de culture générale en pâtit. Non ? « Le travailleur qualifié allemand est au coeur de notre système, réplique Roland Matzdorf, du ministère du Travail de Rhénanie du Nord. Si les Américains roulent dans nos voitures, ce n'est pas grâce aux sciences humaines. » Vlan pour les Français.


Les « moins »

CLOISONNÉ. Dès la fin du primaire, avant 12 ans, les élèves sont aiguillés vers trois types d'établissements : Hauptschule (25 %), Realschule (42,5 %) ou Gymnasium (23 %). Cette troisième voie mène vers l'université. La Realschule, difficilement... Quant au jeune élève de Haupschule (sorte d'école primaire supérieure), il peut faire une croix sur la fac. Il n'a même pas l'espoir de pouvoir grimper jusqu'en licence, via l'apprentissage, ce qui est possible en France.

« Le jeune Français s'insère moins bien sur le marché du travail, admet Georges Asseraf, président de la Commission nationale de certification professionnelle. Mais il s'adapte plus facilement par la suite. » Vlan pour les Allemands.

DÉPENDANT (de l'économie). « Toute personne peut intégrer l'alternance, résume Bent Paulsen. Le seul frein, c'est l'offre et la demande. » C'est bien le hic. En période de ralentissement, les entreprises temporisent. Faute d'apprentissage - la seule chose qui compte à leurs yeux - les jeunes se rabattent sur des formations scolaires techniques qu'ils considèrent comme des « boucles d'attente ». 385 000 jeunes piétineraient dans ces « boucles ». En râlant parce que les titulaires de l'abitur (bac) squattent les meilleures places en alternance.

SÉLECTIF. Anecdote significative : l'entreprise publique de nettoyage de Berlin, BSR, reçoit 4 000 candidatures pour 70 postes d'apprentis. D'une autre main, elle forme - au balayage - une douzaine de rejetés de l'école. Pour les recruter ensuite comme apprentis ? « C'est exclu, ils n'ont pas le niveau », s'exclame Thomas Klöcker, un dirigeant du groupe. Cependant, pour s'adapter aux nouveaux métiers (services à la personne, assistance informatique), l'apprentissage allemand doit en rabattre un peu sur ses exigences d'excellence. Un comble.

François CHRÉTIEN, Ouest-France

Les échanges entre apprentis ou élèves du technique français et allemands commencent à se développer. Ils sont encouragés financièrement par l'Office franco-allemand pour la jeunesse (contact : 01 40 78 18 18, et www.ofaj.org). Autre contact, pour les enseignants : le Centre international d'études pédagogiques (01 45 07 60 00 et ciep.fr).


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